Tunisie. Des terroristes légaux... Silence!


La torture devient-elle un fait divers ? La violence des policiers constitue-t-elle désormais un acte légal ?

Le citoyen Tunisien a rarement pu faire le lien entre les faits politiques, à rythme accru, qui surviennent en Tunisie depuis la révolution et le comportement des médias vis-à-vis de l'ensemble des événements ayant lieu, dont les mouvements protestataires à majorité passés inaperçus. Cela ne devrait pas étonner sachant que les médias sont les marchands de l'information et sont inclus dans l'ensemble du système politique et économique de l'État, d'où le délaissement des principes majeurs du travail journalistique aux dépens du gain matériel. La responsabilité leur revient à une grande part.

L'un de ces faits récents remarquablement négligé par les médias, est la grève de faim entamée, il y a plus qu'une semaine, par des anciens militants de l'UGET au local du syndicat. Il s'agit d'une dizaine de personnes qui ont été détenus lors de la révolution, dans la période qui s'étend du 17 décembre 2010 au 17 janvier 2011 dans les caves du ministère de l'intérieur. La raison de la détention est qu'ils avaient participé à des manifestations déstabilisant l'ordre général et contribué à des actes anarchiques. On les a également accusés de faire partie de complots visant la sécurité de l'État et d'appartenir à un organisme illégal.

Ces gens ont été victimes d'actes de violence et de torture de la part des agents de sécurité ayant engendré des dégâts psychiques et physiques notables pour tout le groupe. Cette atrocité, ce comportement bestial et cette rage avec lesquels les policiers traitent les humains, existent certes jusqu'à nos jours et malgré la dite "révolution pour la dignité", pourtant, nombreux sont les organismes qui luttent contre la maltraitance des détenus et la torture touchant gravement à la dignité de l'être humain, le dévalorisant corps et âme.

Je me permettrais d'ailleurs de citer les cas de policiers qui pissent et crachent sur les détenus menottés, accrochés aux murs, suspendus, cloués sur les chaises...D'autres qui s'amusent à les déshabiller, à exposer leurs organes génitaux en prenant plaisir à les humilier et les faire souffrir par tous les moyens possibles et imaginables.Certains parmi les grévistes souffrent encore d'un traumatisme psychologique qui les déstabilise. Des images gravées et terrifiantes qui les paralysent évidemment mais ils continuent pourtant à lutter car leurs situations sociales sont critiques. Ils vivent le chômage, ils sont rejetés par les autorités concernées par l'affaire, et en plus de tout, négligés par les médias qui leur tournent le dos et rejoignent le camp des inhumains et des chasseurs au pouvoir.

On ne peut également se passer de mettre l'accent sur la dernière catastrophe, celle de la mort d'un jeune, Mohamed Ali Snoussi, sous la torture, chose qui laisse penser qu'on est bien dans un pays où les lois ne sont qu'un fouet à la main de cet Etat policier, on nous bat avec, on nous juge, on nous accuse mais jamais le fouet ne se retourne contre son détenteur, qui est là, l'accusé numéro un et le coupable principal dans ces graves crimes contre l'humanité.

Aujourd'hui, le citoyen Tunisien recommence malheureusement à redouter le pouvoir du policier et se retire de la scène comme s'il n'était jamais concerné. On le voit défendre les criminels sous prétexte qu'ils préservent la sécurité du pays et sa stabilité avec le fameux argument "sans eux on aurait été dominé par les terroristes". Je n'y crois pas ce scénario de terrorisme qu'ils rediffusent du moment à l'autre pour regagner la confiance du citoyen et couvrir leurs dépassements.

J'insiste en fin à ce qu'on secoue nos cervelles avant que l'hypnotisant ne donne son effet et à jamais on ne se relèvera, avant que les moyens de lutte ne seront volés et que les libertés ne seront de nouveau violées.

A bas le terrorisme policier!

TOUMI AFEF (journaliste indépendante, membre du collectif contre les abus de la police en Tunisie)

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